EDITO : « QUELLES LEÇONS DEVONS-NOUS TIRER DE CES DERNIÈRES ANNÉES ? »

Patrice Lafont, président du Comité Régional de la Conchyliculture en Méditerranée

La conchyliculture régionale s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu pour la profession qui est confrontée à des difficultés accrues et nouvelles liées :
– aux changements climatiques, qui impactent les milieux marins lagunaires et affectent fortement les performances de la production (phénomène des « eaux vertes », malaïgues, mortalités des coquillages, prédateurs) ;
– aux suspensions de commercialisation catastrophiques pour l’image de marque des produits et pour l’équilibre économique des entreprises ;
– à l’émergence de pathogènes qui provoque des mortalités de cheptels et qui oblige à repenser les pratiques culturales ;
– au vieillissement de la population et à la baisse d’attractivité du métier pour renouveler les générations par des jeunes porteurs de projets ;
– aux attentes des consommateurs et à la compétition accrue avec les autres zones de production nécessitant une redéfinition des stratégies de commercialisation des coquillages méditerranéens qui proviennent majoritairement de petites exploitations familiales fortement dépendantes des circuits courts ;
– à la compétition pour les espaces lagunaires marins et terrestres dans un contexte de pression urbaine et touristique croissante.

La profession et ses représentants travaillent en partenariat étroit avec l’Etat et les collectivités territoriales et locales très impliquées dans le maintien et le développement de cette activité emblématique des territoires littoraux. Mais ces difficultés récurrentes expliquent le besoin de lisibilité exprimé par les collectivités partenaires qui souhaitent une vision stratégique à moyen et long terme pour la profession conchylicole de Méditerranée. Elles expliquent également les inquiétudes des producteurs ou futurs installés qui ont besoin de visibilité pour investir dans leurs entreprises et leurs projets de développement.

Récemment, des analyses plus fines de la situation ont été réalisées. Pour chaque constat, des solutions ont été évoquées par le CRCM. Des projets ont été lancés notamment dans le cadre du programme DLAL FEAMP : anticipation du risque phycotoxinique, promotion des métiers et des productions (signe officiel de qualité IGP, communication générique Huitres et Moules de Méditerranée), diversification et développement de l’accueil du public (Schéma d’Aménagement des Zones Conchylicoles), approvisionnement local en naissain d’huîtres (captage naturel), renouvellement de la profession (Télécharger l’Opération Territoriale de Repérage réalisée par la Chambre d’agriculture de l’Hérault).

 

Toutefois, ces actions ne couvrent pas tous les champs des besoins. Elles nécessitent une intégration dans un projet global, qui pourrait alors être décliné en propositions concrètes et figurer dans des contrats permettant de décliner des financements spécifiques pluriannuels (ex. projet de contrat de filière avec la Région Occitanie, Contrat de Transition Ecologique du territoire de Thau, Schéma départemental des ports et filières maritimes (département de l’Hérault, etc.).
Dans ce contexte incertain le Comité Régional de la Conchyliculture Méditerranéenne a décidé de bâtir une stratégie régionale pour la filière. Il souhaite mobiliser les producteurs autour d’objectifs partagés pour mener les adaptations nécessaires face aux changements climatique et économique et permettre d’assurer le renouvellement de la profession et la pérennité de ses entreprises.

Les objectifs généraux de ce projet sont de fédérer les conchyliculteurs autour d’une vision collective de leur profession et d’un projet commun à l’horizon 2030 et mobiliser les partenaires pour accompagner les investissements et les actions nécessaires à l’avenir d’une conchyliculture méditerranéenne durable, rentable et emblématique d’un territoire littoral attractif et écologique.

Les objectifs spécifiques de la mission confiée à la Chambre d’Agriculture de l’Hérault (télécharger la note méthodologique de l’étude) sont :
– établir un état des lieux détaillé de la profession conchylicole méditerranéenne actuelle en compilant les études et recensement existants et en effectuant une enquête auprès d’un échantillon représentatif de professionnels. Cet état des lieux permettra de préciser les principales craintes des producteurs, leurs attentes vis-à-vis de l’organisation professionnelle et des partenaires et leur mobilisation pour s’investir et s’adapter aux difficultés récurrentes et actuelles,
– proposer des scénarios pour le développement futur de la profession conchylicole méditerranéenne en intégrant les résultats de l’état des lieux et les attentes exprimées par les professionnels,
– déterminer les objectifs prioritaires à atteindre pour conforter l’avenir de la profession conchylicole méditerranéenne à l’horizon 2030 en concertation avec les professionnels et les partenaires de la profession,
– définir les actions nécessaires pour atteindre les objectifs définis et proposer les moyens nécessaires pour mettre en œuvre les actions et leur calendrier prévisionnel de réalisation,
– assurer l’animation de la démarche et la concertation entre tous les acteurs.

Des thématiques de travail ont été pré-identifiées par le CRCM et validées lors de l’Assemblée Générale de 2018. Elles pourront servir de fil rouge lors des réunions de concertation auxquelles l’ensemble de profession sera convié avant la fin de l’année.